ONU : La bataille pour l’après-Guterres est lancée pour trouver le 10e secrétaire général de l’institution mondiale

Publié le Par Gabon Matin - Mis à jour :

La succession d’António Guterres a déjà commencé à agiter les couloirs de l’ONU. Le mandat de l’actuel secrétaire général s’achève le 31 décembre 2026 et son successeur doit entrer en fonction le 1er janvier 2027. Derrière cette désignation se joue bien plus qu’un simple changement de visage : le choix du dixième chef des Nations unies pèsera sur la diplomatie mondiale, la gestion des crises et l’orientation du multilatéralisme dans une séquence marquée par les fractures entre grandes puissances. Le processus est désormais enclenché, avec des auditions publiques prévues les 21 et 22 avril 2026 et une décision politique attendue, en pratique, entre l’été et l’automne.

**Un poste-clé dans une ONU sous tension**

Le secrétaire général est à la fois le plus haut fonctionnaire de l’Organisation et sa principale figure diplomatique. Il dirige le secrétariat de l’ONU et ses opérations mondiales, peut saisir le Conseil de sécurité sur toute menace contre la paix internationale, joue un rôle de médiateur et de porte-voix dans les crises, et met en œuvre les décisions prises par les États membres. Dans un contexte de blocages répétés sur Gaza, l’Ukraine ou encore l’Iran, le profil du prochain titulaire pèsera donc lourd sur la capacité de l’institution à rester audible.

Le calendrier est déjà balisé. Les États membres ont été invités à présenter des candidatures avant le 1er avril 2026, puis les candidats retenus doivent participer à des « dialogues informels » télévisés devant l’Assemblée générale les 21 et 22 avril. Le Conseil de sécurité doit ensuite examiner les dossiers à huis clos vers la fin juillet, avant qu’une nomination ne soit formalisée par l’Assemblée générale d’ici la fin de l’année. ([ONU](https://www.un.org/en/sg-selection-...))

**Quatre noms déjà officialisés, et une dynamique latino-américaine**

À ce stade, la page officielle de l’ONU dédiée à la sélection du prochain secrétaire général fait apparaître quatre candidats déclarés : Michelle Bachelet pour le Chili, Rafael Grossi pour l’Argentine, Rebeca Grynspan pour le Costa Rica et Macky Sall pour le Sénégal. Les auditions publiques programmées par l’ONU confirment cette première liste et structurent déjà la campagne diplomatique autour de ces personnalités aux profils très différents, entre anciens chefs d’État, diplomates chevronnés et responsables d’institutions internationales.

L’un des premiers enseignements politiques tient à la géographie des candidatures. Trois des quatre candidats actuellement déclarés viennent d’Amérique latine, ce qui alimente l’idée, largement défendue dans certains cercles onusiens, qu’il pourrait être « au tour » de cette région, même si aucune règle formelle de rotation régionale n’existe dans les textes. Cette pratique reste informelle, mais elle continue d’influencer les équilibres diplomatiques au moment des grandes successions.

**Le verrou du Conseil de sécurité**

En droit, le secrétaire général est nommé par l’Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité, conformément à l’article 97 de la Charte des Nations unies. En pratique, le centre de gravité du choix se situe au Conseil, où les cinq membres permanents — Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie — disposent chacun d’un droit de veto. Un candidat doit donc réunir une majorité au sein du Conseil sans se heurter à l’opposition d’un seul membre du P5.

Le mécanisme passe par des votes indicatifs informels, répétés jusqu’à ce qu’un nom fasse émerger un consensus suffisant. C’est là que se noue l’essentiel du rapport de force. Dans un système international de plus en plus fragmenté, la grande inconnue n’est pas seulement de savoir quel candidat sera jugé le plus solide, mais surtout lequel sera acceptable à la fois pour Washington, Pékin, Moscou, Paris et Londres.

**La question d’une femme à la tête de l’ONU revient avec force**

L’autre grand enjeu de cette succession est celui du genre. En près de 80 ans d’existence, l’ONU a déjà connu neuf secrétaires généraux, tous des hommes. Les États membres sont encouragés à proposer des femmes, mais aucun critère formel n’impose une alternance ou une priorité féminine dans la sélection.

Dans ce contexte, les candidatures de Michelle Bachelet et de Rebeca Grynspan donnent une consistance particulière à l’hypothèse d’une première femme à la tête de l’Organisation. Mais la pression symbolique ne suffira pas à elle seule. Au bout du compte, comme toujours, tout dépendra de la mécanique du Conseil de sécurité et de la capacité des grandes puissances à s’accorder sur un nom dans une séquence diplomatique hautement sensible.

**Une succession scrutée à l’échelle mondiale**

Le futur secrétaire général succédera à António Guterres, en poste depuis janvier 2017, après Ban Ki-moon, Kofi Annan, Boutros Boutros-Ghali, Javier Pérez de Cuéllar, Kurt Waldheim, U Thant, Dag Hammarskjöld et Trygve Lie. Ce rappel historique souligne à quel point chaque succession constitue un moment de redéfinition pour l’ONU, à la fois dans sa ligne diplomatique, dans son style de leadership et dans sa relation avec les grandes puissances.

La bataille qui s’ouvre ne se résume donc pas à un casting. Elle pose des questions de fond sur l’équilibre régional, la place des femmes dans la gouvernance mondiale et la capacité du système multilatéral à produire un leadership crédible dans un monde fracturé. À mesure que les auditions d’avril approchent, c’est déjà une campagne de positionnement diplomatique qui se déploie dans l’ombre, avec un enjeu majeur : savoir qui incarnera l’ONU à partir de janvier 2027.

à lire aussi

L’insécurité alimentaire aiguë atteint de nouveaux records dans le monde, selon l’ONU
Alimentation L’insécurité alimentaire aiguë atteint de nouveaux records dans le monde, selon l’ONU
5 choses à savoir à propos de la Cour pénale internationale, à l’occasion de ses 20 ans
Anniversaire 5 choses à savoir à propos de la Cour pénale internationale, à l’occasion de ses 20 ans
Présidentielle de la BAD 2025 : l’Afrique appelée à mobiliser son capital face aux défis du développement
Vote Présidentielle de la BAD 2025 : l’Afrique appelée à mobiliser son capital face aux défis du développement
RDC : les offensives du M23 ont un impact majeur sur les civils qu’ils tuent et forcent à fuir
Offensives RDC : les offensives du M23 ont un impact majeur sur les civils qu’ils tuent et forcent à fuir